14 juin 2010

Il y a comme un symbole à nous voir débarquer ici en Afrique du Sud et je sais que certains y ont forcément pensé. Imaginez, lorsqu’on parle de néo-zélandais venant disputer une Coupe du Monde en Afrique du Sud, nombreux sont ceux à s’attendre voir débarquer des rugbymen. Car si nous sommes conscients d’une chose, c’est bien qu’à l’échelon international, le football néo-zélandais n’existe pas. Je n’ai pas peur de l’écrire : combien sont ceux qui connaissent nos joueurs, ceux qui miseraient la moindre pièce sur ne serait-ce nous voir marquer un but ? Pour les instances, c’est la même chose. Autrefois, nous avions la chance d’avoir un véritable rival local l’Australie. Depuis 4 ans, c’est terminé. Nous sommes désormais seuls, isolés comme nos îles à tenter d’exister dans cette étrange confédération d’Océanie. Etrange car depuis que l’Australie est devenue asiatique, nos clubs se retrouvent entre deux chaises : vous pouvez parfois voir notre représentant en Coupe du Monde des clubs mais il est le représentant d’un football semi-professionnel quand la grande équipe professionnelle néo-zélandaise joue le championnat d’Australie. Cette situation rejaillit sur nous les joueurs : je suis professionnel et je joue dans le championnat professionnel local : le championnat australien. Nous sommes huit dans cette situation quand neuf autres joueurs ont quitté la région et quatre seulement évoluent dans le championnat néo-zélandais. Notre équipe est donc à l’image de notre place : entre deux confédérations. De notre Océanie lointaine, nous avons passé ces dernières années à lutter avec l’Australie pour avoir une chance de disputer un barrage intercontinental. Désormais privé d’adversaire réel, nous sommes assurés du barrage mondial et cette année, pas de géant sud-américain au menu mais un membre asiatique. L’occasion rêvée.

Ce 14 novembre ne peut s’effacer de ma mémoire. 36000 personnes, le Westpac était plein à craquer. 36 000 personnes hurlant d’une même voix, tous vêtus de blanc, vibrant, chantant et exultant pour du football au pays du rugby. Une soirée de rêve. Ce petit but de Rory juste avant la pause, la fin de match irrespirable où Mark nous maintient en vie, attrape ce dernier ballon. Puis la joie. Démesurée. Il y a près de 30 ans, nos glorieux prédécesseurs avaient montré que la Nouvelle-Zélande pouvait rivaliser avec l’Asie en décrochant le premier billet de l’histoire du pays pour une phase finale. Isolé dans notre confédération d’Océanie livrée aux championnats amateurs, nous avions été les oubliés, les délaissés. Une fois encore, nous avons montré que nous pouvons rivaliser avec l’Asie. La Nouvelle-Zélande est sortie de l’ombre, nous allons entrer dans la lumière d’une phase finale.

Nous voilà donc arrivé en Afrique du Sud où nous allons jouer contre le champion du monde en titre, le Paraguay et la Slovaquie. Si certains s’attendent à venir nous voir faire le haka, comme une simple distraction, nous allons surtout venir leur montrer que dans l’ombre des Blacks, les All Whites méritent leur place ici. Nous aurions pu tomber dans un groupe encore plus dur. Tout le monde se bat pour passer au second tour, nous aussi. La défaite de l’an passé 4-3 face à l’Italie, que nous allons retrouver, nous a donné de la confiance. Nous n’allons certainement pas nous laisser intimider.


15 juin 2010

Ne nous sous-estimez pas. Tels furent les mots que je n’ai cessé de répéter ces derniers jours aux différents médias. Nous avons passé notre temps à apprendre en affrontant de grandes nations. Même si nous sommes un tout petit pays, vous devez garder en tête que les néo-zélandais n’ont jamais peur de personne. Nous venons de le montrer aux slovaques. Peur de rien, ni de monter à la 93e pour arracher un point. Lorsque je reçois ce ballon sur le côté gauche, je n’ai qu’une idée en tête : me retourner pour la mettre dans la boite. Lorsque le ballon décolle et que je vois Winston, notre défenseur, à l’entrée des six mètres, je sais que le moment est venu. Il s’envole et marque. 1-1, nous venons de prendre le premier point de l’histoire de la Nouvelle-Zélande en Coupe du Monde. Depuis que nous sommes qualifiés, je n’ai eu de cesse de penser à ce moment, à cette Coupe du Monde. Maintenant que nous y sommes, nous avons pris un point. Nous pouvons renverser des montagnes. La plus haute s’approche.


20 juin 2010

En tant que buteur, j’ai déjà connu quelques joies avec la sélection mais aucune ne viendra jamais se hisser au niveau de celle que je viens de connaître. Marquer face aux champions du monde, quelle joie ! Comme l’an passé en Coupe des Confédérations, j’ouvre le score face à l’Italie. Mais la joie d’aujourd’hui n’est pas comparable. Nous sommes en Coupe du Monde, face au champion en titre qui doit s’imposer ! Comme l’an passé nous avons mené. Comme l’an passé, ils sont revenus. Mais je l’écrivais, nous apprenons en jouant face à ces géants. Et cette fois-ci, malgré leur domination, nous ne les avons pas laissé revenir. Notre défense a globalement bien contrôlé la rencontre, Mark réalisant des prouesses quand il le fallait. Mieux, Chris aurait pu nous donner la victoire en fin de rencontre. Qu’à cela ne tienne. 2 matchs, 2 points. Nous sommes invaincus. Ce groupe est fantastique. Dire que nous pouvons encore nous qualifier.


24 juin 2010

Un énorme sentiment de fierté. Ces derniers jours, nous n’avons pas eu l’occasion de célébrer, de prendre le temps de mesurer l’étendue de l’exploit que nous réalisions. Car avec un tel enchaînement de matchs, vous n’avez pas de temps à perdre. Place au match suivant. Ces derniers jours, nous n’avions cessé de penser à la possibilité de nous qualifier pour le second tour. Je me souviens avoir vu des sourires quand je disais que c’était un objectif réaliste pour nous, aujourd’hui, je vois de nombreux médias s’intéresser à nous, venir comprendre ce qu’il se passe. Nous avons placé la Nouvelle-Zélande sur la mappemonde du football mondial. Notre mission est accomplie. Le match d’aujourd’hui ne doit pas nous laisser de regrets. Nous avons tenté, nous avons eu nos chances. Mais le Paraguay est un adversaire redoutable et ne nous aura laissé que des miettes. Nous sommes éliminés. Mais ce que nous venons de réaliser est grand. Cette équipe a mûri au fil des mois passés pour arriver à partir d’une Coupe du Monde sans perdre le moindre match, finissant devant le champion du monde en titre. Je pense à nos supporters, venus nombreux nous soutenir ici, je les en remercie. Je suis fier de mon équipe. Nous avons donne de la visibilité à nos supporters, à notre football. J’espère que ce succès, car c’est un succès, permettra à la Nouvelle Zélande de continuer à grandir. Nous pouvons désormais célébrer ce moment.