11 juin 2006

32 ans, une éternité. Comme un symbole, c’est au moment où nous allons quitter une confédération que nous joueurs avons toujours connue que nous avons décroché notre billet mondial. 40 ans de présence en Zone Océanie pour enfin la représenter une dernière fois en tant que membre asiatique. Fini le traumatisme de 1997 que certains de mes coéquipiers ont vécu. Depuis ce 12 novembre dernier, nous sommes sur un nuage. Je garde les images de Mark, héroïque dans les buts, de ce dernier tir au but de John, de cette liesse populaire incroyable. Nous, les expatriés, portant les couleurs de notre pays dans une Coupe du Monde de football, ce sport apporté par nos ancêtres communs venus d’Europe. Car nous ne sommes pas nos glorieux prédécesseurs, cette équipe faite de joueurs amateurs qui découvrît l’élite mondiale en 1974. Si comme eux, nous sommes en Allemagne, ces 32 dernières années ont été celle du grand développement de notre sport au pays. Nous sommes leurs héritiers. Sans eux, pas de profonde refonte du football australien, pas de ligue nationale qui aura mis 30 ans à s’organiser pour devenir cette nouvelle A-league si emballante sur le papier. Nous sommes les enfants de ce processus de maturation. Le fait que l’Asie nous ait invités à les rejoindre, ne nous laissant plus végéter dans la zone Océanie, montre que nous existons. Notre présence ici en Allemagne n’est pas un hasard. Il n’est pas non plus un aboutissement. Nous avons accompli un énorme travail. L’intensité déployée lors de nos entraînements fut telle que certains de mes coéquipiers se sont demandés si leur corps pourrait encaisser de telles charges. Bien évidemment nous avons tenu. Nos matchs de préparation furent bons, nous sommes désormais prêts à entrer dans cette Coupe du Monde. Dans un tel groupe nous pouvons réellement envisager le tour suivant, ce n’est pas un objectif irréaliste. Certes nous allons croiser le champion du monde, mais nous connaissons le Japon, et nous ne nous sentons pas moins fort que la Croatie, même si elle était troisième en 1998. Nous sommes physiquement affutés, prêts à relever tous les défis. La chaleur humaine dégagée par nos supporters durant la préparation, la liesse collective de novembre dernier, ces éléments nous porteront dans les moments plus difficiles. En 1974 l’Australie découvrait le monde, aujourd’hui, notre mission est de faire découvrir l’Australie au Monde.


12 juin 2006

C’est avec une joie immense que j’écris ces lignes aujourd’hui. Depuis novembre dernier nous attendions ce moment, ne vivions que pour lui. Hier, sur le terrain, nous avons pris conscience que nous allions écrire l’histoire. En nous rendant au stade aujourd’hui, nous avons mesuré le soutien dont nous disposons. Des milliers d’australiens dans les rues, de part et d’autre. Graham Arnold, notre coach assistant nous a dit qu’ils étaient entre 15 et 20 000. Nous avons alors pris conscience que nous n’étions pas seul. Tout un peuple unis pour écrire son histoire. Cette terre d’accueil représentée aujourd’hui par ses exilés, l’Australie allait vivre sa première joie mondiale. Et nous l’avons vécu. Comme toujours, dans l’adversité. Notre but est de passer le premier tour et donc il nous fallait battre le Japon. Nous avons longtemps contrôlé avant d’encaisser le but. Puis ajouté à l’injustice, nous avons découvert la pression. Le Japon était notre match clé. Le perdre signifiait rentrer à la maison. Nous avons un peu paniqué par la suite. Puis à la pause, notre sélectionneur nous a assuré que nous allions l’emporter 3-1. Il nous a dit que notre physique allait faire la différence. Puis vînt mon moment. Je confesse que ce n’est que maintenant que je me rends compte que j’ai marqué le premier but de l’histoire de l’Australie dans une phase finale de Coupe du Monde. Je me pince encore croyant vivre un rêve. Mais sur le coup, j’étais juste heureux que nos efforts avaient enfin payés. Surtout qu’on a alors senti que les japonais commençaient à craquer. Et nous avons retourné le match. Nous avons rempli notre objectif. La pression est évacuée. Se qualifier est un objectif réaliste. Ne reste plus qu’à espérer un faux-pas de la Croatie.


18 juin 2006

C’est un étrange sentiment qui m’anime après ce duel face aux champions du monde. Etrange car nous avons l’impression d’avoir caressé du bout des doigts un véritable exploit. Oui nous avons énormément subit en première période, encaissant les vagues jaunes. Mais bizarrement, au fur et à mesure que les minutes passaient, nous avons eu la sensation que la belle mécanique brésilienne était prenable. Lorsque Marco est à deux doigts de marquer sur l’un de ses premiers ballons peu avant la pause, nous avons pris conscience que si nous sortions, ils douteraient. Leur ouverture du score ne nous a d’ailleurs pas perturbés. Notre deuxième période est superbe. Je ne sais combien d’opportunités de revenir nous avons eu (cinq ou six) mais je suis sûr d’une chose : nous avons rivalisé avec le Brésil. Leur second but en fin de match est anecdotique. Nous savons que croates et japonais ont fait match nul. Nous ne sommes finalement qu’à un petit point de notre objectif.


22 juin 2006

Personne ne croyait en nous et pourtant nous y sommes ! Nous venons de vivre un nouveau grand moment de notre histoire. Et j’ai l’impression que pour vivre des grands moments, nous sommes d’abord condamnés à souffrir. On prend une merveille de but d’entrée de match, on s’accroche, on revient avant la pause. On souffre de nouveau jusqu’à l’erreur de Željko. L’ironie ultime du destin qui veut que notre gardien se manque face au pays de ses racines. On ne voulait pas perdre comme cela. On ne pouvait pas. Alors nous sommes repartis de l’avant, nous avons multiplié les situations jusqu’à entrevoir le paradis sur cette frappe d’Harry. La fin de match est épique. La bataille dans notre surface, le but refusé à Mark on ne sait trop pourquoi, le flottement. Puis la joie, cette joie immense. Nous sommes en huitième de finale ! Nous prenons conscience jour après jour que nous sommes les acteurs principaux de l’histoire de notre football. Maintenant que nous avons rempli notre mission, nous ne lâcherons rien. Nous avancerons avec fierté.


26 juin 2006

Le football a cela d’unique qu’il vous fait passer de la joie à la plus profonde tristesse en un rien de temps. Dire que nous n’avons pas cru à la qualification serait mentir. Nous avons eu la balle pendant ce match. Même si les italiens ont eu les occasions, et je salue leur expérience qui leur a permis d’être encore plus dangereux que nous alors qu’évoluant en infériorité, nous n’aurions pas dû perdre cette rencontre. Certainement pas de cette façon. Tout le monde a bien vu qu’il n’y avait pas faute, que Lucas était déjà au sol quand Grosso est venu chercher un horrible penalty dans les arrêts de jeu. Pas comme ça. Ne nous reste que les regrets. Ceux de n’avoir pu disputer cette prolongation que nous attendions tous, notre coach ayant prévu d’apporter du sang frais dès leur début. Ceux de n’avoir pas eu l’occasion d’une dernière chance puisque l’arbitre a immédiatement sifflé la fin du match. Ceux de n’avoir pas pu briser leur muraille. Je sais que notre parcours peut servir de point de départ à l’installation du football dans notre merveilleux pays, mais le sentiment qui domine à l’heure où j’écris ces lignes reste un immense vide. Nous aurions dû aller en quarts.